Essor de l’Anglicanisme : le premier Brexit

Né à Greenwich en 1491 et décédé à Londres en 1547, Henri VIII est le fils de Henri VII et d’Elisabeth d’York dont le mariage mit fin à la Guerre des Deux Roses, créant de ce fait la dynastie des Tudor.

création maison tudor

Montant tous deux sur le trône, leur fils ainé Arthur devient l’héritier officiel de la couronne d’Angleterre. Suivant la volonté de son père, Arthur épouse en 1501 la fille du roi d’Espagne, Catherine d’Aragon. Hélas, la mort s’empara de lui un an plus tard. Dès lors, Henri devient le nouvel héritier et, son père ne voulant pas renoncer à l’incroyable dot et alliance fournies par ce mariage, le maria à Catherine. Oui, oui, la veuve de son frère. Henri VIII épouse donc Catherine d’Aragon ainsi que la couronne d’Angleterre en 1509 qu’il gardera jusqu’à sa mort.

Décrit comme « le plus beau prince d’Europe », le roi Henri VIII impressionne sa cour avec ses exphenri VIII 3loits athlétiques. Mais plus qu’un preux et fort chevalier, il est aussi un homme de culture, comme en témoignent son gout pour la musique, la poésie et même la théologie. En effet, il rédigea en 1521 contre Martin Luther “La défense des sept sacrements » qui lui permit d’obtenir de l’Eglise catholique romaine le titre de « Défenseur de la Foi ». Par ailleurs, bercé par les idées de la Renaissance, Henri VIII accueille des humanistes à sa cour comme Erasme ou encore Thomas More. Ce dernier, avec qui il tissa des liens d’amitié sincères, fut nommé successivement « Ambassadeur extraordinaire » et « Chancelier du roi ». En outre, le roi s’entoure de nombreux conseillers qui jouèrent un rôle décisif dans l’histoire d’Angleterre, à l’instar du cardinal Thomas Wolsey ou du réformateur Thomas Cromwell.

Un dernier point sur sa vie, et pas le moindre, concerne les six femmes qu’il épousa durant son règne dont deux, Anne Boleyn et Catherine Howard, perdirent littéralement leur tête. Sympa comme mari…  Son amour pour les femmes et la décapitation de deux d’entre elles lui valurent avec le temps le surnom de « Barbe Bleu », inspiré par le personnage éponyme du conte de Charles Perrault.

six femmes d'Henri VIII.jpgbarbe bleue et ses femmes

Vous pensez que le fait qu’il ait eu six femmes est une information anodine, un gossip croustillant tout au plus ? Eh bien laissez moi vous dire que ses affaires de cœur engendrèrent une sérieuse rupture avec Rome. Rien que ça!

 

Rupture avec Rome

Pour suivre cette affaire, je vous propose de commencer par l’an 1527 : notre cher Henri demande le divorce avec l’infortunée Catherine d’Aragon. Mais pourquoi diable vouloir renoncer à un mariage avec la tante de Charles Quint, roi d’Espagne et empereur du Saint Empire Romain ? Tout d’abord, des problèmes de conscience doivent être pris en compte. Après avoir eu une fille, la future « Bloody Mary », et un garçon mort au berceau, Henri considère que son mariage est maudit, l’empêchant ainsi d’avoir un héritier mâle et de faire vivre la dynastie fraichement fondée. En effet, le Lévitique 20, 21 l’avait prédit : « Si un homme prend la femme de son frère, c’est une impureté ; il a découvert la nudité de son frère : ils seront sans enfant. ».  Ainsi, Henri spécule sur son mariage et finit par se convaincre qu’avoir épousé la femme de son défunt frère jeta une malédiction sur sa propre union avec elle. Cependant, nous serions fort naïfs de croire qu’il s’agit là de la seule raison justifiant sa demande de divorce.

En effet, le roi voulait se débarrasser de Catherine afin d’épouser une de ses dames de compagnie, lady Anne Boleyn, dont il était tombé éperdument amoureux. henri viii vs clement vii.jpgCependant, le pape Clément VII vint contrecarrer ses plans en refusant d’accéder à sa requête de divorce (probablement pour ne pas froisser Charles Quint, roi du plus puissant royaume de la Renaissance). Plus que jamais désireux de se débarrasser de sa femme, le roi se laisse pourtant convaincre par un de ses conseillers, Thomas Cranmer, de se dispenser de l’avis du pape. Ainsi, Cranmer déclara-t-il en 1531 : « Nous reconnaissons que Sa Majesté est le Protecteur particulier et suprême seigneur et, autant que la loi du Christ le permet, le Chef suprême de l’Eglise et du Clergé d’Angleterre ». En affirmant petit à petit l’émancipation de l’Eglise d’Angleterre à l’égard de l’Eglise Romaine, c’est l’élargissement de son pouvoir sur l’Eglise britannique qui s’officialise : la signature de la soumission du clergé en 1532 stipulant qu’aucune loi ni constitution liées aux affaires religieuses ne peut être promulguées sans son autorisation en est bien la preuve. Téméraire, le roi demande à Cranmer, récemment nommé archevêque de Canterbury, de l’unir en secret à Anne Boleyn le 25 janvier 1533, faisant de cette dernière sa seconde femme. Ajoutons à cela l’«Ecclesiastical Appeals Act » promulgué le 6 février de la même année, affirmant l’indépendance de l’Eglise d’Angleterre qui n’a désormais plus besoin de recourir aux conseils de Rome. Tous ces éléments semèrent la tempête dont le coup de grâce fut l’excommunication du roi par le pape Médicis le 11 juillet 1533. C’est la rupture. Les choses ne s’arrêtent cependant pas là. En l’an 1534, l’ » Act Respecting the Oath to the Succession” reconnaît le mariage d’Henri VIII et Anne Boleyn ainsi que leurs futurs enfants comme légitimes héritiers au trône. Enfin, fin de cette même année, le parlement signe « the Act of Supremacy » proclamant Henri VIII comme « Supreme head of the Church of England », c’est-à-dire « suprême chef de l’Eglise d’Angleterre ». Parallèlement, « the Treasons Act » condamne à mort la non reconnaissance de l’acte de suprématie. L’Angleterre se trouve alors dans un système d’intolérance dans la mesure où les catholiques refusant d’adhérer à cette réforme et les luthériens arrivant dans le pays sont considérés comme des dissidents. Nous observons donc un schéma d’un catholicisme sans le pape qui ne tolère ni les autres confessions ni la non reconnaissance de la séparation de l’Eglise anglaise de l’Eglise catholique romaine. Afin d’illustrer ce point nous pouvons citer le cas du chancelier Thomas More qui, refusant de prêter serment au nouveau chef de l’Eglise d’Angleterre, fut condamné à mort par décapitation après avoir été enfermé dans la tour de Londres. Il ne sera malheureusement pas le seul car beaucoup d’autres têtes tomberont, à l’instar de l’évêque de Rochester Jean Fischer.

Deux ans plus tard, Thomas Cranmer propose les Dix Articles au parlement qui représente le premier récapitulatif des grandes lignes adoptées officiellement par l’Eglise d’Angleterre maintenant qu’elle est officiellement indépendante. Les choses s’accélérant, le parlement proclame l’« Act for the Dissolution of Monasteries » le 14 avril 1536. Cependant, Six Articles viendront adoucir la réforme anglaise en réaffirmant certains principes catholiques.

Les années suivantes approfondirent cette réforme jusqu’au règne d’Elizabeth 1ère, fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn, qui mis en place la Elisabeth I.jpgconfession anglicane. Appréhendé comme une voie médiane entre le catholicisme et le protestantisme, l’anglicanisme représente un catholicisme sans pape adoptant certains principes de la Réforme protestante, amorcée par Luther en 1517, tels que le rejet du culte des saints, la non obligation du célibat sacerdotal et la liturgie en langue vernaculaire. Il faudra donc attendre l’an 1563 afin d’officialiser la doctrine anglicane à travers les « Thirty-Nine Articles of Religion ».

Il est également pertinent d’évoquer les conséquences indirectes de cette rupture, allant au-delà de la création de l’anglicanisme. L’un des principaux aboutissements fut la survie du pouvoir parlementaire qui aura pourtant tendance à disparaître au fil des siècles au profit du pouvoir royal dans d’autres pays européens tel que la France avec Louis XIV. En effet, Henri VIII avait besoin du soutien du parlement qui vota les decréts et les actes, affirmant la validation du roi en tant que chef suprême de l’Eglise d’Angleterre. Le parlement a donc une place on ne peut plus importante et son implication dans l’affaire du roi le souligne parfaitement. Deuxièmement, l’essor de ce catholicisme sans pape engendra bien des temps durs pour l’Angleterre sous le règne de Marie, fruit de l’union d’Henri et de Catherine, qui réagit violemment contre l’anglicanisme en forçant la restauration du catholicisme romain. Dans la même lignée, l’Eglise Catholique, après avoir également souffert de la Réforme Luthérienne, affirme avec véhémence sa doctrine afin de sauvegarder son pouvoir et de se séparer des autres confessions considérées comme hérétiques, en témoigne le Concile de Trente.

Enfin, nous pouvons nous demander si cet événement n’amorça pas une séparation si brutale et décisive de l’Angleterre du reste de l’Europe qu’elle contribua partiellement au Brexit. Comme si la sortie de ce pays de l’Union Européenne venait achever une démarche antérieure initiée par Henri VIII. En rompant avec Rome, l’Angleterre s’est en effet détourné des grandes puissances européennes qu’étaient la France et l’Espagne, fidèles à l’Eglise catholique romaine.  A méditer…

Henri VIII est donc un personnage historique fascinant tant les conséquences de ses décisions retentissent encore aujourd’hui. Le XVIème siècle connut donc plusieurs réformes religieuses qui connaissent cependant une différence fondamentale que l’on ne peut négliger : contrairement à Luther qui appuya sa réforme sur des considérations religieuses, Henri Tudor se libéra de la domination papale pour des raisons personnelles et politiques.

 

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