A table !

Bienvenue au restaurant médiéval La Rose Gourmande !  Allez-y, ne soyez pas timides, installez-vous confortablement à la table qui vous convient. Comment ? Vous ne savez pas quelle table choisir ? Ben, pas de souci, on va vous expliquer !

Durant toute la période du Moyen-âge, le type d’alimentation constitue un puissant élément de distinction des classes sociales. Ainsi, l’homme médiéval est contraint de suivre une alimentation particulière compte tenu de « sa qualité », c’est-à-dire de son appartenance à l’un des trois ordres constituant la société médiévale. Pour faire simple, le contenu de leur alimentation dépendait plus de leur rang que de leur humeur.

Les seigneurs

La quantité à ingurgiter constitue une première distinction non négligeable : le noble doit manger plus que le paysan. A la fois signe de richesse et de pouvoir, manger une plus grande portion permet aux nobles de se différencier et de se sentir supérieur vis-à-vis du paysan qui, lui, ne mange pas toujours à sa faim. a tableDeuxièmement, la viande constitue l’une des caractéristiques clefs du style d’alimentation des seigneurs si bien qu’à l’époque carolingienne, les nobles accusés de trahison ou de lâcheté pouvaient être sanctionnés par l’interdiction de manger de la nourriture carnée durant une période donnée. La table des seigneurs était donc, en temps normal, remplie de viandes et de gibiers, notamment grâce à la chasse.

En outre, la hiérarchie des aliments, appelée grande chaîne de l’être, est également un exemple poignant de la distinction sociale à travers la nourriture. Par exemple, les végétaux sont rejetés par les seigneurs, notamment les bulbes (ail, échalotes, poireaux, oignons). En effet, la partie consommable de ces aliments se trouvant sous terre les rend inadaptés aux personnes de rang social élevé. Il en est de même pour certains fruits tels que les fraises des bois qui poussent au ras de la terre.

Ainsi pouvons-nous concevoir chez les nobles un souhait de démarcation sociale, les obligeant à respecter un certain régime d’alimentation. En revanche, la table du paysan ne dépend assurément pas d’une volonté d’assoir sa position sociale, dans la mesure où sa nourriture dépend davantage des conditions météorologiques ou de la fertilité des terres cultivables.

Les paysans

Nous savons que les éléments fondamentaux de la nourriture paysanne sont le pain, le vin et le copinage, c’est-à-dire, « ce qui accompagne le pain ». Contrairemtable du paysanent aux nobles, ils se nourrissent de choux, d’oignons, d’épinards, de poireaux. Les légumes sauvages, tels que l’asperge et les légumes secs sont également présents chez le paysan médiéval et fournissent un apport nutritionnel riche en acides aminés provenant de leurs protéines. Aussi, le ventre du paysan se nourrit de champignons, de fruits, de fruits secs, d’herbes aromatiques (thym, sauge, laurier) etc.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, nous trouvons dans le menu paysan de la viande : des brebis, des chèvres, des bovins, des porcs. En revanche, contrairement à la classe supérieure, les volailles se font rares à la table paysanne.

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La table là-bas vous dites ? Non non elle est déjà occupée par des chevaliers en réunion à la recherche du Graal paraît-il… Pourquoi pas cette table-ci alors, entre deux moines ?

Les moines

Pour les moines, des obligations alimentaires sont imposées par l’Eglise, notamment sous forme d’interdiction : l’abstinence totale de viande est la norme chez ceux qui ont fait vœu de pauvreté, d’obéissance et de chasteté : « les aliments carnés engendrent la luxure et la chair : ils ont un effet échauffant et nourrissent tous les vices » comme le souligne Isidore de Séville au VIIème siècle.

Durant le haut Moyen-âge, le régime alimentaire des moines était rigoureusement défini.  table des moines.jpgL’alimentation à l’abbaye de Cluny en est bien la preuve: de Pâques à fin septembre, les moines bénéficiaient de deux repas par jour. Le premier a lieu lors du déjeuner et le second, composé des restes du midi, est consommé le soir. Puis, à partir d’octobre jusqu’à l’entrée en carême, il n’y a plus qu’un seul repas par jour.

De plus, leurs assiettes peuvent être remplies de raffinements culinaires bien éloignés de la simplicité appelée par l’idéal monastique.  Au XIIème siècle, ces écarts révoltent le moine Bernard de Clairvaux (futur saint Bernard) et le théologien Pierre Abélard. Ce dernier souligne que le poisson, censé remplacer la viande, est beaucoup plus couteux. In fine, la maladie et la fatigue autorisaient le moine à consommer de la viande et beaucoup en ont profité. Par contre, si vous décidez de vous installer à cette table, il faudra que vous respectiez la règle du silence car les moines ne peuvent communiquer que par le langage des mains durant les repas.

 

Ustensiles de cuisine

Comme vous pouvez le voir, les hommes du Moyen-Age n’utilisent ni assiette ni fourchette qui n’apparaitront qu’au XIVème siècle. En effet, on déposait à l’époque la nourriture sur ce que l’on appelle « tranchoirs » : il s’agit de image nef .jpgtranches de pain qui font office d’assiette. On partageait son tranchoir avec son voisin de table d’où d’ailleurs est issu le mot « co-pain ». Les tranchoirs sont déposés sur des tailloirs : Plaque ronde ou carrée de bois ou de métal. En ce qui concernent les aliments liquides tels que les soupes, les bouillons et les sauces, ceux-ci sont versés dans des écuelles en bois ou en métal (plus ou moins précieux selon son propriétaire).  Quant aux boissons, il y avait des gobelets ou des coupes de métal. Le verre, étant très rare et très cher à l’époque, n’apparaitra sur les tables qu’à la fin du Moyen-Age. En outre, la vaisselle de table est également un moyen de distinction social : chez les plus riches, cette vaisselle peut comporter jusqu’à des milliers de pièces de grande valeur qui peuvent être en argent, en or et incrustés de pierres précieuses. Nous pouvons citer, à titre d’exemple, une pièce d’orfèvrerie en or ou en argent en forme de navire appelée nef qui figurait sur la table du seigneur.

Durant cette longue période de mille ans, la nourriture varie donc selon la table à laquelle nous nous asseyons.

Alors, vous avez choisi ? Pardon ? Vous vouliez simplement boire un café ? Ben ça risque d’être compliqué, le café n’étant apporté en Europe par les marchands vénitiens qu’aux alentours de l’année 1600…Bon. Oui, c’est ça, bonne journée à vous aussi.

 

Bibliographie:

E. BIRLOUEZ, A la table des seigneurs, des moines et des paysans du moyen-âge, OUEST-FRANCE, 2015

B. LAURIOUX, Manger au Moyen-Âge, Pluriel, 2002

F.A

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