Monet, une mer de lumière

            Si tout le monde en parle, alors pourquoi pas moi. Des milliers d’écrits sur son éternité et j’ai maintenant envie de rajouter le mien afin d’honorer une fois de plus, l’infinité de ce peintre qui a fait vibrer une génération entière d’artistes de la fin du XIXème siècle.

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Monet, Claude (1840-1926): Impression au soleil levant, 1872. Paris, Musee Marmottan*** Permission for usage must be provided in writing from Scala. ***

            Il est partout et semble même faire partie de notre cercle intime tellement nous avons l’habitude de parler de lui. Son visage barbu nous rappelle notre grand-père et certains y verront une ressemblance avec le Père Noël. Sauf que Claude Monet n’a pas destiné sa vie aux cadeaux mais à des tableaux, tous aussi captivant qu’un nouveau jouet. Ses 86 ans d’existence ont fait de lui une figure unique de la peinture française ainsi que le chef de file des impressionnistes.

            Camille Doncieux MonetAvant tout, un peu d’histoires de vie. Oscar- Claude Monet naît à Paris le 14 novembre 1840 dans une famille aisée. Quelques années plus tard, il part s’installer avec sa famille au Havre et se lance dans la caricature. A peine âgé de 17 ans, il perd sa mère et se retrouve alors sous l’aile protectrice de sa tante qui le pousse à continuer dans la peinture. Ayant atteint la vingtaine, il décide de retourner à Paris pour y parfaire son art. En 1861, il s’engage pour sept ans dans le service militaire et part en Algérie dans un régiment de cavalerie. Malheureusement, il n’y restera qu’une petite année pour cause d’une maladie assez grave. Il garde tout de même de son séjour africain la beauté du ciel et le miroitement de la lumière ainsi que les couleurs chaudes et sauvages. Il parle ainsi de ce voyage : « Combien ma vision y gagna. Les impressions de lumières et de couleurs que je reçus là-bas ne devaient que plus tard se classer ; mais le germe de mes recherches futures y était. »

            Guéri, il se met à peindre des paysages sous l’influence du peintre hollandais Joyan Barthold Jongkind et expose ses premières œuvres au Salon en 1866, dont le célèbre Camille, surnommé « la Femme à la robe verte ». Emile Zola, grand admirateur de Monet, se prend d’amour pour le tableau : « C’est là une peinture énergique et vivante. Je venais de parcourir ces salles si froides et si vides, las de ne rencontrer aucun talent nouveau, lorsque j’ai aperçu cette jeune femme, traînant sa longue robe et s’enfonçant dans le mur, comme s’il y avait eu un trou. Vous ne sauriez croire combien il est bon d’admirer un peu, lorsqu’on est fatigué de rire et de hausser les épaules. »

            Avec la révolution des tubes de peinture et l’accroissement des lignes de chemin de fer, Monet profite ainsi des nouveautés de son temps et sera un des premiers artistes à peindre en plein air en rejetant l’atelier renfermé. C’est alors qu’une véritable obsession se développe chez cet artiste. Libre de ses mouvements, il cherche par tous les moyens à rejoindre un point d’eau, que ce soit la mer ou la Vallée de la Seine, pour y trouver son inspiration et y produire ses plus beaux chefs-d’œuvre. Il s’éloigne des villes pour raffoler de la campagne où il renoue avec ses premières impressions de peintre.

            Côté amour, il est dit que Monet a toujours été d’une élégance distinguée avec les femmes. Il tombe amoureux de son modèle, Camille Doncieux et lui fait un fils, petit Jean. Mais leur liaison n’est pas reconnue par la famille de Monet qui lui coupe les vivres. La jeune famille se retrouve bientôt sans argent et de nombreux amis du peintre, dont le plus fidèle, Frédéric Bazille, leur prêteront de l’argent pour subvenir à leurs besoins. Mais notre amoureux de la nature, malgré ces difficultés financières et matérielles, continue à vivre de sa passion. Il perfectionnera son art aux côtés de grands noms de la peinture comme Alfred Sisley ou encore Pierre-Auguste Renoir qui fut son meilleur ami jusqu’à la fin de sa vie. En 1873, Monet peint le tableau qui marquera les débuts de l’impressionnisme, qui se résume à une recherche poussée sur la lumière, un rendu du toucher visible tout en représentant la mutation de la société. Le courant emprunte d’ailleurs son nom au titre même du tableau, à savoir, Impression, soleil levant. Cette marine donne sur la mer avec en fond, les traits d’un port flouté, sans réel contour net. Le peintre essaye alors de capter un moment, une lumière prise sur le vif, à un moment précis de la journée, afin de rendre compte de la beauté de l’instant. Ici, nous pouvons observer un lever (ou un coucher ?) du soleil brumeux.

            L’importance des lumières du jour, vous l’aurez compris, devient obsessionnel chez Monet et ce thème se retrouvera dans de nombreuses séries comme celles où il dépeint la cathédrale de Rouen à toute heure de la journée ou encore, les étonnantes meules, en 1890, prises lors des différentes saisons. Une anecdote raconte d’ailleurs que le peintre pouvait travailler dans son atelier sur quatorze toiles différentes et qu’au fur et à mesure de la journée et des jeux de lumière, il passait d’un tableau à un autre.

            En 1871, il s’installe à Argenteuil, non loin de Paris, où il peut y rejoindre toute la jeune avant-garde de la peinture qui discute et peste à propos du jury du Salon qui les refuse toujours à leurs prestigieux rendez-vous d’art, les empêchant de vendre leurs toiles. Les impressionnistes n’en restent pas là et décident de faire leur propre exposition qui sera ainsi considérée comme la « première exposition des impressionnistes ». De prestigieux noms, Cézanne, Degas, Pissarro, Renoir et Sisley peuplent l’affiche. Cependant, l’exposition se révèle être une déception pour la critique et le Figaro publiera même « Tous ces tableaux nous ont un peu fait l’effet d’une peinture qu’on doit regarder à quinze pas en fermant les yeux à moitié. »

22472151_10208934910883251_428110958_o Monet ne perd pas espoir et malgré la mort de Camille en 1879 qui lui a donné un second fils, Michel, il se prend de passion pour Alice Hoschedé et l’épouse un an plus tard. Avec elle et ses enfants, il s’installe à Giverny, petit village non loin de Paris, et à quelques heures de la mer. Un véritable amour se développera pour cette maison et il y restera la deuxième moitié de sa vie. Il cultive minutieusement son jardin ainsi que son étang japonais. Il y trouve toute son inspiration et la plupart de ses prochains tableaux seront tirés de ce décor. Pour y avoir passé une après-midi, je ne crois pas avoir vu jardin aussi joli que celui-ci. Malgré la pluie, une explosion de couleurs s’offrait à moi et les centaines de fleurs ont fait mon bonheur. De l’autre côté de la route, il est même possible de resituer certains tableaux et de saluer les fameux nénuphars. Le contexte est resté le même et j’étais prête à croiser Monet dans la forêt de bambous.

            Dans ce petit coin de paradis, l’artiste reçoit tout un nombre de personnalités, allant du journaliste, à l’apprenti en passant par l’homme politique, Georges Clemenceau, intime de Monet. Avec l’exposition Monet-Rodin de 1889, il reçoit enfin les éloges tant attendus. Mirabeau écrira dans la préface de l’exposition : « Il nous arrive cette impression que, bien des fois, j’ai ressenti devant les tableaux de M. Claude Monet : c’est que l’art disparaît pour ainsi dire, s’efface, et que nous ne trouvons plus qu’en présence de la nature vivante conquise et domptée par ce miraculeux peintre. »

            L’aboutissement de son génie et du travail de toute sa vie éclate dans sa série Les Nymphéas, paysages d’eau, présentée lors de l’exposition de Durand-Ruel en 1909. Ces chefs-d’œuvre sont considérés comme « le testament d’une vie uniquement consacrée à la peinture »

Monet - Nympheas

            Monet, qui quitte son jardin le 5 décembre 1926, à l’âge de 86 ans, est un peintre de l’instant présent qui ne retrace que ce qu’il voit. La lumière et les couleurs ont toujours revêtu pour lui une dimension tout à fait symbolique. Il influencera des générations entières de peintres et offrira un moment de détente à tout spectateur qui se retrouve devant ses tableaux.

M-B. P

* Pour votre culture pédestre, si cet article vous a plu, il y a en ce moment même au Musée Marmottan Monet, une exposition rassemblant toute la collection de Claude Monet, qui se révèle être un surprenant visionnaire. Vous y verrez aussi bien la vague du Japonais Hokusai que du Renoir ou du Delacroix. (Du 14 septembre 2017 au 14 janvier 2018)
Vous pourrez même ensuite vous balader dans l’exposition permanente afin de faire connaissance avec les tableaux les plus connus de l’artiste.
http://www.marmottan.fr/fr/Exposition_en_cours-musee-2576

Bibliographie :

  • George, Serge, and Claude Monet. Claude Monet. Lausanne: EDITA, 1994.
  • Wildenstein, Daniel. Monet ou Le triomphe de l’impressionnisme. Köln; Paris: Taschen, 2014.

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