Sylvain Tesson – Dans les forêts de Sibérie

 

 

                 Qui n’a jamais voulu partir loin de tout ? Laisser là toutes nos responsabilités et s’envoler loin de la pollution humaine ? Il faut du courage, me diriez-vous. Ce n’est pas du courage mais de la volonté. Nous savons de quoi vont être faits nos lendeDans les forets de Sibériemains et finalement notre routine nous sert de couverture de survie. Et puis partir où ? Puisque nous avons déjà tout ici. Notre confort, nos proches, nos souvenirs et nos habitudes. Oui mais que faites-vous de la solitude ? Celle qui, dans nos sociétés modernes, se voit maltraitée et sous-estimée. Certains diront que la solitude est un démon qui déterre nos cauchemars. Sylvain Tesson, le sujet de mon article, verra en elle, une véritable porte de sortie.

            Avant de partir dans l’éloge de la solitude, parlons d’abord de cet écrivain, Sylvain Tesson, qui depuis son plus jeune âge, tente de l’apprivoiser. Titulaire d’un DEA (diplôme d’études approfondies) de géopolitique, il décide très tôt de s’éduquer en découvrant le monde par lui-même. A 19 ans, il goûte alors aux joies de l’aventure lors d’une traversée à vélo du désert central d’Islande. Peut-être est-ce sa première expérience de la solitude. Deux ans plus tard, il se donne le pari fou de traverser le monde, toujours sur son vélo avec son coéquipier Alexandre Poussin. Ils décident à deux de faire partager leur voyage et sortiront en 1996 le livre, On a roulé sur la terre, décoré du prix jeune de l’IGN. Et les expéditions s’enchaînent. Il parcourt l’Himalaya à pied et marchera 5 000 kilomètres en cinq mois, en passant illégalement par le Tibet. Nouveau livre, La Marche dans le ciel : 5 000 km à pied à travers l’Himalaya. Débordant d’énergie, il s’attaque aux steppes d’Asie centrale à cheval, au Pakistan, à l’Afghanistan ou encore, il s’intéresse à des récits historiques tout en reprenant leur itinéraire.

            En 2010, il se décide enfin à mener à bien un projet qui lui tenait à cœur depuis des années. Il annonce alors son départ pour six mois dans une cabane sur les bords du lac Baïkal en Sibérie afin de connaître, une bonne fois pour toute, la vie d’un véritable ermite. Pendant tout un hiver, il tiendra son journal chaque jour et ne recevra de la visite que très rarement. Dans les forêts de Sibérie, son journal quotidien, sera publié en 2011. Et c’est précisément de ce livre, décoré du prix Médicis, dont je voudrais vous parler aujourd’hui.

            J’ai toujours rêvé de partir avec un crayon, un carnet et écrire au fil des bords de route comme Rimbaud. Sylvain Tesson, lui, l’a fait et s’est enfermé tout un hiver dans une cabane de solitude. Il n’emporte avec lui que le strict nécessaire, une liste de livres, du matériel de survie, de l’alcool, ainsi que de quoi se nourrir au minimum. Adieu les festins, la modernité, la technologie et les relations… Ce qu’il recherche ? Il ne le sait pas lui-même. Peut-être le bonheur, le silence, la solitude ?

            Départ le 9 février, retour le 27 juillet. Trois saisons s’enchaîneront et la nature mourra et renaîtra devant les yeux de l’ermite qui s’accoquine petit à petit avec la solitude. Il fera la connaissance de la simplicité et des journées qui s’écoulent sans aucune contrainte. Il goûtera au bonheur et s’attachera à décrire la beauté naturelle de la manière la plus pure possible.

« Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. »

            Durant sa captivité consentie, il aura tout le temps de réfléchir. Il n’aime pas penser à lui-même et préfère se tourner vers le monde qui est le nôtre. Il y porte d’ailleurs une fine analyse qui nous pousse à reconsidérer notre bonheur et comprendre que nous sommes trop exigeants par rapport à nous-mêmes. Malgré son alcoolisme constant, Tesson a la plume délicate et son « journal d’ermitage » comme il aime l’appeler, se lit comme un conte des Mille et une nuits.

            En pensant à cet article, je me suis donné encore une fois l’envie de le lire. Sa lecture est apaisante et bien que la fin rejoigne notre réalité, ce livre reste pour moi un chef-d’œuvre. Aujourd’hui, Sylvain Tesson traverse une période difficile ; après une chute de plusieurs mètres du toit de son ami Jean-Christophe Rufin, il vit désormais avec un trouble de la parole et un visage amoché par l’accident. Il reste cependant l’homme sombre et mystérieux que j’avais aperçu il y a trois ans…

            La seule trace que j’ai gardé de lui est un petit mot de sa part, une dédicace qui en dit long sur son état : «  Pour Marie-Belle, avec le salut d’un voyageur devenu immobile, Sylvain Tesson. »

                                                                                                                                                      M-B.P

Tesson, Sylvain. Dans les forêts de Sibérie: février – juillet 2010. nrf. Paris: Gallimard, 2011.

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