Les liaisons dangereuses de Marie-Antoinette et d’Axel de Fersen

S’il était courant que les rois aient des maitresses, il n’en était pas demarie-antoinette.jpg même pour leur épouse. Mais comme toute règle à son exception, Marie-Antoinette,  toujours prête à défier les mœurs de la cour, avait bel et bien un favori. Vous conviendrez dès lors que son surnom d’Insoumise lui est bien apparié… Toujours aussi friands de ragots bidonnants, nous posons notre loupe aujourd’hui sur la relation fusionnelle qui lia la dernière reine de France et le fils d’un grand seigneur suédois… J’ai nommé – roulement de tambour- Axel de Fersen ! On comprend très vite l’engouement de l’Autrichienne pour cet heureux élu eu regard de la description laudative que nous fait le comte de Tilly (homme de lettres du XVIIIème siècle), affirmant qu’il s’agit d’« un des plus beaux hommes » qu’il ait rencontré.

Descendant d’une puissante et très respectable famille suédoise, Axel de Fersen (1755-1810) est le fils du sénateur Fersen. Celui-ci possède une fortune colossale, composée de revenus industriels et commerciaux (mines de fer en Finlande, actions de la Compagnie des Indes orientales…) qui lui permet d’assoir définitivement sa position sociale. Mais Axel refuse de suivre les traces de son père, préférant l’air doux et jovial de la France au pays nordique qu’est le sien. En effet, son « Grand Tour » d’Europe l’amène à la cour de France où il rencontre la charmante veuve Mme de Matignon dont il espère se voir accorder la main. Malheureusement pour lui, cette dernière s’obstine à rester fidèle à son feu mari. Ne perdant pas le nord, le sénateur Fersen voudra plus tard faire de la noble anglaise Catherine Leyel sa future belle fille. Après moult péripéties, le mariage de ces deux petits bambins n’aura finalement pas lieu, au plus grand désarroi du père. Foutredieu, voilà un deuxième refus ! Mais revenons à nos moutons : c’est au cours du bal masqué de l’Opéra de Paris le 30 janvier 1774 que Marie-Antoinette fait la rencontre de Fersen. Il ne leur suffit que de quelques danses pour faire naitre une étincelle que le regard ténébreux du jeune homme suscita. En effet, Axel est un séducteur distingué, jouant de ses charmes qui marient à merveille l’élégance d’une part et la froideur et l’inaccessibilité d’autre part. Les vraies reconnaitront en cette description le fameux Monsieur Darcy de Jane Austen 😉. La beauté de Fersen ne laisse de ce fait aucune femme indifférente. Pourtant, bien que libertin, il est loin d’être un Don Juan. En effet, le désir de conquête ne fait pas partie de ses priorités. Au contraire, la ténacité des femmes succombées à son charme le fait fuir comme la peste, en est la preuve ses distances prises à l’égard de la téméraire duchesse de Sudermanie, épouse du frère du roi suédois, qui en tomba éperdument amoureuse. Et pour la petite anecdote, il arrive également que des hommes jettent leur dévolue sur cette beauté peu commune, comme c’est d’ailleurs le cas… Vous n’êtes pas prêts… du roi Gustave III lui-même ! Pour ceux qui n’auraient pas suivi, il s’agit de nul autre que le roi de Suède. Notre cher Fersen sait décidemment s’attirer les bonnes grâces des rois et reines.

axel de fersen

 

Quatre ans plus tard, son retour en France ne cesse de faire jaser la cour, incapable de passer outre la présence du « beau Fersen ». Il n’en est pas moins de la reine qui s’écrit à la vue de ce dernier le 25 août 1778 : « Ah ! Mais c’est une vieille connaissance ! ». De son côté, Fersen rapporte à son père son ressenti dans une lettre datant du 8 septembre : « La reine qui est la plus jolie et la plus aimable princesse que je connaisse (…) ». En plus de cette indéniable attirance physique, ces deux jeunes gens possèdent de nombreux points communs. En effet, fêtes, bals, musique et masques sont des frivolités que partagent la séduisante autrichienne et l’affriolant suédois. En outre, après avoir accouché de son premier enfant le 19 décembre, les divertissements de la cour reprennent et la reine l’invite à toutes ses fêtes et fait de lui son cavalier officiel pour les bals de l’Opéra. Pis, l’intrépide le convie aux soupers des petits cabinets… Ainsi, Fersen devient incontestablement le favori de la reine, ce qui ne manque pas de susciter des jalousies et d’irriter les gens de la cour. Dès lors, bien que Marie-Antoinette affirme entretenir aucune relation extraconjugale, Fersen entrevoit la nécessité de se retirer de la cour, d’autant plus que l’attirance était plus vive du côté de la reine que du sien. En effet, c’est Marie-Antoinette qui s’entiche la première. Le comte de Creutz, homme politique et diplomate suédois, confie à son roi qu’est Gustave III son avis sur la question : « J’avoue que je ne puis m’empêcher de croire qu’elle avait du penchant pour lui : j’en ai vu des indices trop sûrs pour en douter. Le jeune comte de Fersen a eu dans cette occasion une conduite admirable par sa modestie et par sa réserve et surtout par le parti qu’il a pris d’aller en Amérique. En s’éloignant, il écartait tous les dangers (…).

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Après avoir vogué vers l’Amérique, Fersen décide de s’installer en France, non pour les beaux yeux de la reine mais parce que les états de service acquis sur les champs de bataille aux côtés de l’armée française lui permettront d’obtenir un meilleur grade au sein de ce pays. Il réapparait donc à Versailles quelques années plus tard, « changé » et « vieilli » selon les dires de Mme de Boigne. Pourtant, il continue de susciter l’intérêt de Marie-Antoinette. Seulement, contrairement à la fois précédente, les sentiments sont loin d’être unilatéraux. En effet, Axel de Fersen est désormais décidé à ne jamais prendre femme pour épouse en raison de son amour pour la reine, comme le souligne ses paroles lorsqu’il s’adresse à sa soeur : « J’ai pris la décision de ne jamais me marier… Je ne puis pas être à la seule personne à qui je voudrais être, la seule qui m’aime véritablement, ainsi je ne veux être à personne ». Ainsi, bien qu’il continue à être un libertin dans l’âme, son cœur n’en demeure pas moins scellé, appartenant à nul autre qu’à la reine.

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Cependant, sa liaison plus ou moins secrète avec l’élue de son cœur n’est entretenue que par la correspondance qui devient régulière à partir de la fin de l’année 1783, alors que Fersen se voit dans l’obligation de voyager à travers l’Europe pour diverses raisons. Inutile de souligner le peu de formalité que revêt cette relation épistolaire. Ainsi exprima-t-elle dans une lettre passionnée la phrase suivante : « J’existe mon bien aimé et c’est pour vous adorer (…) ». Si cette phrase nous donne à penser qu’il s’agit d’une paire d’amants, certains historiens contestent cette hypothèse, suggérant qu’il ne s’agit que d’une amitié avec tout ce qu’il y a de plus saint. En effet, Simone Bertière insiste à travers son ouvrage, Les reines de France au temps des Bourbons, Marie-Antoinette l’insoumise, sur l’impossibilité de réellement connaître la réponse à cette question. Il nous est cependant permis d’énoncer les arguments avancés par les deux camps.

Amitié ? Que nenni !

Comme nous l’avons précédemment établi, des historiens ont trouvé quelques lettres dont le contenu fait étalage de l’embrasement des deux tourtereaux. De plus, il semble incontestable que certaines parties de ces vestiges furent censurées, de peur de compromettre l’un des deux antagonistes. Ce détail douteux nous invite à penser que la nature de leur relation ne pouvait être de l’ordre de la simple amitié.  De surcroît, si les contemporains croyaient dur comme fer à leur relation amoureuse et charnelle, cela nous suggère également que leur rapport dépassait la camaraderie. En témoignent les propos de la Comtesse de Boigne : « il n’était guère douteux pour les intimes qu’elle n’eût cédé à la passion de M. de Fersen » tout en prenant le soin de préciser qu’« il ne respirait que par elle ». C’est mignooon ! Au demeurant, cette relation connue du public vaut à Axel de Fersen le surnom d’ « amant de la reine ». Ainsi, il parait difficile de penser leur relation comme dépourvue d’ambiguïté.

Relations saines pour une reine

Pourtant, Dieu sait que Marie-Antoinette n’est pas une adepte des relations charnelles. Il s’agit en effet davantage d’une corvée à laquelle elle devait s’y atteler, en tant qu’épouse royale, que d’une partie de plaisir. Par ailleurs, son éducation morale et religieuse que sa mère, Marie-Thérèse d’Autriche, s’est efforcée de lui inculquer, l’empêche d’enfreindre l’interdit. Son manque d’expérience la pousse également dans ce sens. Le second argument est tout aussi poignant : la volonté d’assurer la survie des Bourbons ne peut que la conduire à rester vierge de toute relation sexuelle extraconjugale. Il était en effet inconcevable que l’un de ses enfants, dignes héritiers des Bourbons, ne partagent pas le sang de ces derniers. Toute relation charnelle avec le comte Fersen était donc exclue, bien que l’on susurrât que le dauphin était un bâtard illégitime (même si l’on est certain aujourd’hui, grâce à des analyses d’ADN, que Louis XVII est bien le fils de Louis trianonXVI). Toutefois, aucun obstacle n’empêche l’insoumise, une fois avoir fourni assez d’enfants, d’offrir son corps à son amant. En effet, plus rien ne s’oppose désormais à leur union corporelle, si bien qu’ils se retrouvent assidûment à Trianon afin de s’offrir des petits moments en tête à tête.

Bien que la nature de leur relation tend à demeurer un mystère, nous pouvons néanmoins être sûres d’une chose : Marie-Antoinette et Axel de Fersen étaient bel et bien amoureux. Le roi en personne l’acceptait indulgemment et finit par accorder sa confiance à l’amant de son épouse. Dans les heures sombres que vécut le couple royal, le comte Fersen était là pour les aider et les soutenir, jouant un rôle de premier plan en tant que conseiller de la couronne française et messager officieux de la couronne suédoise. Cependant, sa relation avec Marie-Antoinette prend un nouveau tournant : d’une amante dont il fut impétueusement amoureux, elle devient une amie intime qui lui tient à cœur de défendre contre les redoutables révolutionnaires. En outre, Fersen finit par succomber au charme d’une autre femme dont le nom est Eléonore Sullivan. En effet, bien que ce nom ne nous dise rien, si ce n’est celui du personnage principal dans le film Monstre et Compagnie, cette très séduisante italienne aux cheveux bruns reçut un amour véritable et sincère de la part d’Axel de Fersen. Nous pouvons cependant penser que les sentiments de Marie-Antoinette à l’égard de ce dernier ne perdirent aucune once de leur intensité. Ainsi écrit-elle, le 29 juin 1791, dans un courrier adressé au comte : « Je ne pourrais plus vous écrire mais rien au monde ne pourra m’empêcher de vous adorer jusqu’à la mort ».

Voici donc une authentique histoire d’amour, semblable à un conte de fées, entamé à un bal costumé et qui continue, aujourd’hui encore, de susciter notre intér51sTMPKEjtL._SX313_BO1,204,203,200_êt. Si j’étais romancière, j’écrirais assurément un ouvrage en l’honneur de ces deux amants, dont l’amour platonique ne cesse de faire couler l’encre. L’admirable plume de Stefan Zweig s’en est d’ailleurs chargé. Il écrit en relatant la dernière visite nocturne du comte aux Tuileries, dans la cellule de Marie-Antoinette, la nuit du 13 février 1792 : « Il est certain que même si Fersen n’avait pas été depuis longtemps l’amant de Marie-Antoinette, il le serait devenu dans cette dernière et fatale nuit, obtenue au prix du plus beau courage humain ».

 

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F.A

Bibliographie :

Simone Bertière, Les reines de France au temps des Bourbons, Marie-Antoinette l’insoumise, édition de Fallois, 2002.

Jean Chalon, Chère Marie-Antoinette, « J’en appelle à toutes les mères », Perrin, 1988.

Hélène Delalex, Un jour avec Marie-Antoinette, Flammarion, 2015.

 

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