La guerre de Troie, entre mythe et réalité

Depuis plus de trois mille ans, la prise de Troie n’a cessé d’occuper dans l’imaginaire occidental une place privilégiée. En effet, la légende véhiculée par l’Iliade, œuvre d’Homère au VIII siècle avant notre ère, a voyagé à travers les siècles jusqu’aux oreilles de l’homme du XXIème siècle. Mais alors que tout poète antique considérait que la véracité ou la fausseté d’un récit était un élément secondaire, les héritiers de la tradition philosophique éclairée par la raison s’interrogent sur le caractère historique de ce mythe. Vitrine de la mythologie antique grecque, la Guerre de Troie est-elle un mythe imaginé par un poète inspiré ou a t-elle réellement eu lieu ? Les découvertes scientifiques menées jusqu’à présent nous permettent-elles de prouver, de façon tangible, la véracité des faits racontés ? Spécialement pour vous, Humanités a tenté de lever le voile sur ce mystère !

cheval de troie

S’il s’agit bien d’un mystère, tout le monde connait toutefois la fameuse histoire des troyens et des achéens se battant pour les beaux yeux d’Hélène. C’est au cours d’un voyage en Grèce que Pâris, prince de Troie et fils de Priam, est accueilli à Sparte par le roi Ménélas. Celui-ci devant s’absenter en Crète, sa tendre femme le remplace auprès de ses hôtes. Pâris en profite, enlève Hélène et retourne à Troie avec la reine séduite ou contrainte (les avis divergeant à ce sujet). De retour à Sparte, Ménélas, constatant la disparition de sa femme, fait appel à son frère Agamemnon et rassemble les chefs Achéens. S’ensuit une lutte acharnée entre ces deux cités grecques dont le dénouement aura pour élément crucial la supercherie du cheval de Troie. Fruit du génie d’Ulysse, le cheval de Troie est une statue de bois en forme de cheval, remplie de chefs achéens, offerte à la cité de Priam. Les guerriers achéens sortirent du cheval à la nuit tombée et ouvrirent les portes de la ville à leurs compagnons qui s’étaient cachés sur l’île de Ténédos. Troie est prise, pillée et incendiée et Ménélas peut enfin ramener Hélène à Sparte, vingt ans après son enlèvement.

Aux sources de cette légende existe un mythe bien connu : le jugement de Pâris. Celui-ci aurait été choisi par Zeus pour départager les déesse Athéna, Aphrodite et Héra. Ces dernières convoitaient la fameuse pomme d’or qui devait revenir à la plus belle.jugement de paris 2.jpg Chacune promit alors au jeune homme un cadeau s’il la choisissait. Héra lui offrit le pouvoir sur la terre entière, Athéna, déesse guerrière, la victoire dans tous les combats, et Aphrodite, déesse de l’amour, l’amena à la plus belle femme du monde. Pâris choisit le présent de cette dernière qui lui permit d’aller à Sparte et trouver la douce Hélène. C’est ainsi que le prince troyen se retrouva en Grèce pour commettre l’irréparable affront qui entraînera une guerre de dix longues années. Il est donc intéressant de soulever les maintes interventions divines qui rythment le récit de la Guerre de Troie. L’intervention de Zeus, à la demande de Thétis et d’Achille pour favoriser les Troyens et ainsi le venger d’Agamemnon, ou encore l’implication d’Aphrodite dans le combat entre Pâris et Ménélas en sont également des exemples. A travers l’histoire, on a longtemps cru à la véracité de ces faits, notamment au Moyen-Age où il était admis que cette guerre était un événement historique. Malgré les jugements que les anciens aient pu porter sur les aspects divins de l’épopée, les modernes ont cependant supprimé les interventions divines de l’histoire pour ne garder que « le côté humain », puisqu’ ils y ont vu une licence poétique, une allégorie ou même une superstition païenne qui n’avait rien à voir avec les faits. C’est donc cette présence constante du mythe dans les récits de la guerre de Troie qui nous fait douter de la réalité historique de cet événement…Ce doute continue de se creuser au XIXe siècle où la population rejette le caractère historique de cette légende. En effet, George Grote, banquier anglais libéral et historien de l’Antiquité, écrit History of Greece (Histoire de la Grèce) en vingt volumes, dans lesquels il explique que la guerre de Troie n’est qu’une « fable intéressante » et qu’il ne faut pas « la confondre avec l’histoire justifiable et ordinaire». Cette pensée gagne du terrain au XIXe siècle jusqu’à ce qu’un archéologue allemand, Heinrich Schliemann, vienne troubler cette opinion.

Passionné par les mythes grecs et l’épopée homérique, Schliemann se donne pour seul et unique but de retrouver un lieu dont la topographie correspondrait à la description de Troie dans l’Iliade, œuvre qu’il a d’ailleurs apprise par cœur ! Il décide alors de commencer des fouilles en Grèce et en Asie Mineure. En 1870, Schliemann effectue des recherches sur le site d’Hissarlik. Après sept campagnes de fouilles, il découvre, dans un monticule d’environ 25 mètres de haut, neufs habitats superposés ainsi que 2 000 objets d’art tels que des armes, des bijoux, des objets en or ou en argent et principalement des vases préhistoriques. Le 14 juin 1873, Schliemann fait la découverte la plus exceptionnelle depuis le début du chantier : selon son compte rendu, sa découverte, qu’il nomme le trésor de Troie ou le trésor de Priam, est composée d’ un grand nombre de vases, de coupes et de chaudrons en or, en argent et en bronze, de pointes de lances et de haches en cuivre ainsi que des bijoux dissimulés dans un grand vase en argent qui défient l’imagination : il s’agit en effet de deux diadèmes en or, d’un bandeau en or, de soixante boucles d’oreilles en or, de 8 750 bagues, prismes et boutons, six bracelets et deux gobelets en or pur.

trésor priam.pngtrésor priam 2.jpg
Le trésor photographié par Schliemann et ce qu’il en reste aujourd’hui dans les musées.

A peine eu-t-il terminé un chantier qu’il souhaite en ouvrir un nouveau et découvrir un autre trésor. Les rois que met en scène Homère, et en premier lieu Agamemnon, ont-ils des traits communs avec les vrais souverains de Mycènes ? Ce fut la grande illusion de Schliemann. En 1876, l’archéologue entreprit des fouilles dans l’acropole de Mycènes et y découvrit six tombeaux creusés dans le roc à une grande profondeur. Schliemann croyait reconnaître les tombes d’Agamemnon et de sa famille, les mythiques Atrides. l’archéologue découvre dans une de ces tombes un masque funéraire en or qu’il attribue au roi légendaire Agamemnon.masque funéraire en or d'Agamemnon.jpg Cependant, les recherches de l’archéologie moderne laissent à penser que le masque date de 1550-1500 av. J-C., soit plusieurs siècles avant la date supposée de la guerre de Troie. Ainsi, cette hypothèse n’a pas abouti puisque rien ne permet d’identifier ces morts.

Nous avons dit que Schliemann avait découvert neuf habitations superposées à partir desquels il définit neuf périodes différentes pour la ville de Troie, étiquetées de la plus ancienne à la plus récente, d’époque romaine. Schliemann définit  la deuxième habitation comme la Troie homérique: cette ville fortifiée, qui devint le centre d’un royaume, montre en effet des signes d’un véritable plan d’urbanisme. En outre, il appuie son point de vue par la découverte d’un squelette ayant appartenu à une jeune fille, des traces de lampes à huile, des marques de creusement, des latrines, des bijoux et des objets en or et en argent qu’il pense être le trésor de Priam ainsi que les bijoux d’Hélène. Bien que l’on reproche à Schliemann la poursuite des fouilles uniquement pour donner corps à ses lectures d’enfant, ses successeurs se sont également penchés sur les divers niveaux d’habitation de la cité Troyenne et ont voulu déterminer avec exactitude laquelle correspondait à la description de la Troie homérique.

 De nombreuses fouilles dont figurent celles du docteur Manfred Korfmann, ont démontré qu’il existait bien là, à l’âge du Bronze, une cité capable de rivaliser avec les plus grandes villes du monde antique, et, peut-être, d’abriter une civilisation de type homérique. En effet, Korfmann prend en considération la septième habitation (située entre 1300 et 1260 av J.C) trouvée par l’initiateur des travaux et pense qu’elle pourrait en effet correspondre à la fameuse cité de Troie. Si nous poussions l’analyse plus loin, nous pouvons noter que Korfmann admet certaines descriptions poétiques d’Homère comme correspondant à la réalité de ses découvertes dans cette septième habitation (Troie VII). L’exemple suivant en est bien la preuve : au chant VI de l’Iliade, Andromaque rappelle à Hector l’endroit où les murs de Troie sont le plus facile à franchir, près du figuier sauvage, non loin de la porte principale. Or, l’archéologue constate précisément la fragilité du système défensif à cet endroit lors de ses travaux.  Cependant, Korfmann est formel : Prenant appui sur les fortifications et les traces de destruction, il affirme qu’il n’y a pas eu une guerre de Troie mais de nombreuses guerres à cet endroit. La position stratégique de cette ville, située entre deux continents et deux mers, nous donne à penser qu’une telle cité ne peut que susciter la convoitise de ses voisins.

Après le décès du Dr Korfmann, les fouilles sont reprises en 2005 par Ernst Pernicka, archéologue et professeur d’université en Allemagne. Il se fixe l’objectif de continuer la prospection de Troie VII dans une dimension anthropologique  et y découvre beaucoup de corps, notamment des hommes enterrés avec les squelettes de leurs chevaux. Les décès principaux sont apparemment dus à une cause violente. Parallèlement, sa façon de fouiller permet de retrouver plus d’armes et de signes de combats comme par exemple des flèches plantées dans la muraille. Pernicka démontre également que les incendies de Troie VII auraient eu lieu en 1225 avant J-C., soit à l’époque présumée de la fin de la guerre de Troie. Ces dernières découvertes permettent de situer un conflit majeur ayant pu détruire la cité en 1225 avant J-C.

A la lumière de cette explication, la conclusion s’impose d’elle-même : Pendant l’Âge de bronze, Troie semble avoir été une ville marchande prospère puisque sa position permettait le contrôle complet du passage maritime reliant la mer Égée à la mer de Marmara. En outre, la septième ville, découverte par Schliemann et dont l’importance fut soulignée par Korfmann et Pernicka, aurait été fondée au XIIIe siècle av. J.-C. Elle semble avoir été détruite par une guerre, laissant des traces évidentes d’un grand incendie interne. C’est pourquoi ces archéologues ont fortement supposé qu’elle correspondait à la fameuse ville où se serait déroulée la guerre de Troie.  Cependant, si les fouilles archéologiques ont trouvé des éléments démontrant l’existence d’une perle rare près de la mer Egée, rien ne nous prouve qu’il s’agisse réellement de la ville de Troie. Quand bien même cette ville antique correspondrait à la cité de Priam, la guerre de Troie, dont elle aurait souffert, n’est certainement pas telle que la décrive les poètes antiques, comme le souligne l’historien Thucydide au Vème siècle av J.C. : « la guerre de Troie elle-même, la plus célèbre des expéditions d’autrefois, apparaît en réalité inférieure à ce qu’on en a dit et à la renommée qui lui a été faite par les poètes ».

Bien que sa véracité historique soit contestée, le mythe en lui-même ne cesse de faire rêver et d’inspirer les œuvres littéraires et cinématographiques, en passant par les pièces de théâtre et les opéras. De toute évidence, nul ne saurait contester la richesse et la somptuosité de ce mythe antique car, comme l’affirmait George Grote, « l’abondance, la beauté et la longue continuité de l’ancienne poésie grecque, dans l’âge purement poétique, est un phénomène qui n’a pas de pendant ailleurs ».

Tableau :  Le Triomphe d’Achille de Franz Matsch (1882),  palais de l’Achilleion

F.A & L.H

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