Le théâtre grec

troupe de molièreLe théâtre occidental, que nous apparentons naturellement aux œuvres de Racine et Shakespeare en passant par Molière et Corneille, prend ses racines dans le théâtre grec antique, apparu entre le VIème et le Vème siècle avant Jésus-Christ. Mais nous retrouvons déjà dans les temps précédents des formes pré-dramatiques, comme l’attestent les œuvres d’Homère au VIIIème siècle. On comptait alors des aèdes, un chœur, des jeux, des formes spectaculaires avec des danseurs et des acrobates tel que nous le montre la description du bouclier d’Achille dans le chant XVIII de l’Iliade.

La figure de Dionysos est non négligeable dans l’histoire du théâtre. Il s’agit d’un demi-dieu d’origine asiatique lié aux vendanges et à l’ivresse, souvent accompagné de satyres et de femmes. De là nait le genre pré-théâtral qui racontait la vie de cette divinité, le dithyrambe : ce dernier était composé d’un chœur très nombreux, chargé à la fois du chant et de la danse, d’un récitant et d’un public. Toutefois, à partir du moment où l’on ajoute à cette liste un deuxième récitant, la tragédie nait…

La tragédie viendrait de l’association du mot grec tragos qui signifie « bouc », et du terme ôdé qui désigne le « chant ». Il s’agirait donc du chant exécuté par les tragodoi, c’est à dire les satyres du cortège dionysiaque, à moins qu’il ne s’agisse d’un chant en vue d’un concours dont le prix serait un bouc… De manière globale, les tragédies grecques se structurent autour de l’alternance entre les parties jouées par les acteurs, composées en vers réguliers, et la partie dédiée aux chants et à la danse.

Dans l’Antiquité, il est intéressant de savoir que le théâtre n’est pratiqué que dans le cadre des Dionysies, fêtes ayant lieu au printemps et durant dix à douze jours, dont trois sont consacrés à un concours de tragédie. Durant ce concours, trois auteurs doivent présenter trois tragédies et un drame satyrique. Ils sont évalués par des juges parmi lesquels nous trouvons des personnalités, à l’instar du grand-prêtre d’Athènes ou l’archonte-roi, ainsi que des gens tirés au sort avec un représentant par dème. En outre, les tragédies jouées n’ont pas forcément de lien entre elles. En effet, on peut aisément passer d’un sujet mythologique à un récit d’une ville conquise.

Les pièces sont jouées en plein air au théâtre d’Athènes, appelé communément le théâtre de Dionysos. theatre-grecLes acteurs entrent et sortent par la baraque, représentant les vestiaires et les coulisses, qui sera peinte à partir de Sophocle : il s’agit de la naissance du décor. La baraque est dissimulée derrière le proscenium qui correspond à une estrade où les acteurs sont surélevés. L’espace de jeu domine ainsi l’orchestra, souvent guidée par le coryphée, chef de chœur dans le théâtre grec antique. Le public est assis sur des gradins en pente, désignés sous le terme koilon, et sont répartis selon leur rang social. Par ailleurs, les acteurs jouent avec des costumes très lourds et avec des cothurnes : ces chaussures avec semelles hautes permettent au public de bien les voir. Nous pouvons également trouver sur scène un chariot, appelé eccyclème, qui fait office de passeur entre deux mondes car les acteurs n’ont pas le droit de tuer un personnage sur scène.  Ils entrent alors dans la baraque avec le futur défunt, puis le corps est ramené sur scène avec le chariot. A ce propos, vers 565 avant Jésus-Christ, nous savons que Thespsis, comédien et auteur de tragédie, circule avec son décor sur son chariot. Il s’agit de l’un des fondateurs du théâtre. On lui attribue d’ailleurs l’invention du masque car rappelons que tous les acteurs jouent sur scène avec des masques posés sur le visage.masque Les acteurs étant exclusivement des hommes, il faudra attendre Phryrichos qui, en 510 avant Jésus-Christ, invente le masque féminin. En outre, les problèmes d’échos obligent les acteurs à maximiser les consommes et à parler tout en lenteur et de façon solennelle.

Que le théâtre grec devait être impressionnant ! Les quinze mille places du théâtre d’Athènes nous donnent à penser que cet art, relevant bien plus que du simple divertissement, était très apprécié à l’époque. Cette tradition artistique continua de s’épanouir au fil des siècles, malgré les nombreuses interdictions formulées par l’Eglise. La fougue liée au théâtre est telle que cette activité bat toujours de ses ailes au XXIème siècle. Après tout, comme le souligna Schopenhauer au XVIIIème siècle, « ne pas se rendre au théâtre, c’est comme faire sa toilette sans miroir » !

 

F.A

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