Apologie de la morale

Après la découverte de la morale chrétienne comme la hantise de Nietzsche, plusieurs questions semblent s’imposer. En effet, la morale occidentale et la religion chrétienne sont-elles réellement pernicieuses et hostiles à la vie? Ne sont-elles pas, au contraire, un moyen de nous libérer et de gagner une paix intérieure? D’après l’article portant sur le Crépuscule des idoles, la morale est comprise par Nietzsche comme une réaction de défense suite à l’impuissance de l’homme à contrôler ses passions. Sous cet angle, la morale nietzschéenne est envisagée comme un phénomène psychique et s’oppose définitivement à la morale conçue par ses confrères. Il apparaît donc légitime d’explorer également les différentes pensées portant sur la morale un jugement positif, afin de nous forger une opinion personnelle capable de trancher sur la valeur réelle de la morale.

Nous pouvons ouvrir cette étude par la morale kantienne qui fait figure de référence dans la sphère philosophique déontologiste. L’essentiel de la morale établie par Kant  repose sur l’intention pure.  En effet, qu’importe si l’action est réalisée avec succès ou non, seule la volonté de bien agir compte. C’est dans cette optique que des choses paraissant bonnes au premier regard, telles que l’intelligence et le courage, peuvent s’avérer mauvaises si elles ne sont pas soutenues par une bonne volonté. En outre, la morale de Kant est pensée de sorte à être universelle, objective et nécessaire,  dont la résultante serait une paix universelle. De ce fait, la morale, qui repose sur l’intention, s’apparenterait davantage à une bénédiction qu’à une malédiction dans la mesure où elle favoriserait l’harmonie au sein d’une société. En tant que lutte permanente contre l’injustice et la violence, la morale constitue, en outre, une barrière à ce que Kant appelle la « sauvagerie naturelle de l’homme ». La morale nous éduque et nous permet de surmonter les pulsions dévastatrices de l’homme, dangereuses tant pour lui-même que pour autrui. Afin d’illustrer cette position, nous pouvons évoquer la conception de Hobbes   selon laquelle « l’homme est un loup pour l’homme ». D’après ce philosophe britannique, les individus sont des corps mus par un désir qui entre en relation ou en contradiction avec les autres, entrainant de ce fait une mésentente. Ces possibles oppositions seraient alors la cause des guerres et des désordres au sein des communautés, tant les hommes sont orgueilleux et égoïstes. Les prétentions humaines nous poussent en effet à chercher avant tout nos intérêts, au détriment de la bonne santé de la société. Dans un tel contexte, la morale nous parait on ne peut plus nécessaire, voire vitale, dans la mesure où elle assure un bon fonctionnement des groupes sociaux.

 Il est également important d’évoquer les bienfaits de la morale sur le plan personnel. En effet, la morale, envisagée par le christianisme et abruptement critiquée par Nietzsche, serait quant à elle innée de par notre  participation à la nature divine, et nous permettrait non seulement de vivre en harmonie dans une communauté mais aussi d’accéder à une félicité absolue. Le point crucial de la théologie morale réside dans les actes concrets et terrestres de l’homme qui possèdent une dimension salutaire, en vue de la béatitude éternelle, par le biais de la Révélation et de la raison. Ainsi disait Saint Thomas d’Aquin : « La morale, science de la vie humaine telle que nous devons la mener en réformant nos actes à l’exemple du Christ, envisage ces actes humains comme moyens pour parvenir à la pleine connaissance de Dieu en laquelle consiste l’éternelle béatitude. » Il s’agit donc d’une impulsion nous permettant non seulement de guider nos actes selon le principe absolu du bien, à l’image du Christ, mais aussi d’accéder au bonheur intemporel. En outre, Aristote considérait déjà à son époque une certaine fin à l’œuvre dans le monde, dont le but serait pour l’homme d’atteindre le Souverain Bien. Selon sa conception, l’homme tendrait vers le bien,  de par l’attraction émanant du Souverain Bien tel un aimant,  et se doit d’agir de façon tangible dans la vie active afin de parvenir à un accomplissement personnel.  S’inscrivant dans un sens originaire et final de la nature humaine, sa réflexion éthique repose donc sur le centre de gravité du Souverain Bien, nous poussant à réaliser intelligemment notre puissance. Ainsi, de ces deux conceptions portant sur l’importance de nos actes sur terre, nous pouvons déduire la suprématie du bien qui nous guiderait dans nos actions et qui serait nécessaire afin de nous amener à un accomplissement personnel.

La morale est donc un moyen de parvenir à une réalisation de soi, mais aussi de nous libérer et de nous détacher de l’emprise de nos passions. Après tout, Spinoza ne disait-il pas qu’ « être captif de son plaisir est le pire esclavage » ? En effet, il semble parfois plus judicieux de nous débarrasser de nos pulsions afin de gagner une paix intérieure. Aussi pouvons-nous affirmer que la morale n’est en rien un frein à la liberté puisque l’un des principes fondamentaux et anthropologiques de la morale est que l’homme est un être de raison et de liberté. Ne pouvons-nous  pas finalement poser la morale comme libératrice et émancipatrice ?

Après avoir abordé deux visages de la morale, vous avez en main toutes les cartes nécessaires afin de modeler votre propre opinion. Aussi, les travaux sur la morale étant multiples et denses, cet article n’a pas pour fin d’en exposer une liste exhaustive mais de vous initier à quelques conceptions de la morale. Pour aller plus loin, la morale chez Epicure, Hume et Descartes valent également le coup d’y jeter un œil.

F.A

 

 

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