Du conflit à la communion, le rapport de la Commission luthéro-catholique romaine sur l’unité

           Au XVIème siècle, la rupture entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise luthérienne  fut une dure épreuve tant d’un côté que de l’autre, aboutissant dans certains cas à une haine, voire à des massacres. J’ai donc choisi d’étudier le rapport de la Commission luthéro-catholique romaine sur l’unité chrétienne afin de saluer l’effort de ceux qui ont le courage et la volonté de retrouver une harmonie perdue.

            Du conflit à la communion, le rapport de la Commission luthéro-catholique romaine sur l’unité nait de la volonté de dépasser les conflits entre luthériens et catholiques et de parvenir à un consensus harmonieux dans le cadre d’un travail collaboratif. Le but de cette œuvre, prise dans l’enthousiasme apparent des catholiques et des protestants à retrouver l’unité du Corps du Christ, est donc de partir des deux points de vue et d’aboutir à un dialogue réel et constructif. Ce défi, qui apparait dans le cadre de la mondialisation où les traditions chrétiennes peuvent diverger selon les quatre coins du globe et d’une époque où la multiplicité des croyances n’empêche en rien la montée d’un athéisme issu essentiellement de la modernité, semble s’imposer. Ce travail, composé de six chapitres, expose en premier lieu la nécessité d’une commémoration œcuménique et mondiale de la Réforme. Puis, le texte évoque les nouveaux points de vue sur Luther et la Réforme apportés par les recherches du XXème siècle, avant de se pencher sur le contexte historique du XVIème siècle, afin que le lecteur puisse mieux appréhender le commencement de la Réforme et la réaction catholique qui suivie. En outre, la mise en lumière des principaux points de la théologie de Luther fut l’objet d’un quatrième chapitre. Cette partie apportera des précisions sur la compréhension de la justification, du mystère eucharistique, du ministère et de l’articulation Ecritures et tradition du côté catholique comme du côté luthérien, sans oublier d’insister sur la compréhension commune de ces doctrines afin que le lecteur se rende compte des différences mais aussi des similitudes. Cette partie, qui ne manque pas d’intérêt, sera suivie d’un chapitre dédié à l’unité joyeuse de la commémoration. Enfin, la description des cinq impératifs œcuméniques viendra clôturer le travail. Ainsi, le texte aborde sous différents angles le conflit interconfessionnel amorcé par la Réforme, en prenant soin de mettre l’accent sur le point de vue catholique et luthérien. In fine, ce document ne manque pas de souligner les différences mais surtout les similitudes entre ces deux confessions.

           En vue du 500ème anniversaire des débuts de la Réforme qui aura lieu en 2017, catholiques et protestants ont compris la nécessité de collaborer dans la joie et le respect, d’autant plus que les querelles confessionnelles décrédibilisent le christianisme, censé formé le Corps du Christ. L’orientation de l’enseignement et la pratique des Eglises chrétiennes vers Jésus-Christ est au cœur de cet échange. La commémoration des débuts de la Réforme qui aura lieu l’année prochaine réunira donc pour la première fois les luthériens et catholiques romains qui prieront et célébreront ensemble cet événement. Il s’agit alors de la première commémoration œcuménique.

       Le mal engendré par ces conflits dans le passé ne peut être défait, mais l’avenir n’est pas cristallisé : tache à eux de retrouver une fraternité perdue en admettant que ce qui les unit est plus important que ce qui les divise. En outre, les souvenirs du passé ne sont pas figés : il est essentiel d’avoir un regard-critique sur les événements découlant de la Réforme afin d’apaiser les tensions et de s’accorder sur un consensus objectif. Ce travail, pour le moins complexe, a finalement pour projet de dépasser les préjugés à l’égard des autres.

            Les différentes thèses issues des recherches de théologiens catholiques du XXème siècle ont apporté un regard nouveau sur la personne de Luther, finalement reconnu comme « témoin de l’Evangile » : l’une d’entre elle montre par exemple que Luther s’est indigné, non pas contre le catholicisme même, mais bien contre les débordements de cette confession, à l’instar des indulgences (nous reviendrons sur ce point dans le paragraphe suivant). Dans la même lignée, une autre analyse affirme que le schisme de l’Eglise eu lieu à cause des critiques récurrentes de Luther sur la conduite de l’Eglise à son époque et non en raison des affirmations de la Réforme protestante à proprement parler. Les recherches historiques nous permettent également de nous rendre compte des différents facteurs qui jouèrent un rôle dans cette séparation, tant sur le plan politique et économique que sur le plan social et culturel. Par ailleurs, le Concile Vatican II a également participé à la reconnaissance des vérités  en affirmant l’existence d’éléments de sanctification et de vérité extérieures à celles de l’Eglise catholique romaine. Les analyses des théologiens catholiques du XXème siècle, ainsi que le Concile Vatican II, ont donc contribué à la reconnaissance de la Réforme. De leur côté, la recherche luthérienne a également permis aux luthériens d’appréhender autrement la Réforme, notamment en reconnaissant la convergence fréquente des points de vue théologiques et des intérêts politiques tant du côté catholique que du côté huguenot, les amenant ainsi à dépasser les préjugés. En outre, le dialogue œcuménique ne nie pas les différences entre la doctrine catholique et la doctrine luthérienne mais nous aide à relativiser : il est en effet plus judicieux de regarder avec attention les points communs avant de nous pencher sur les divergences, qui n’entachent en rien le corps uni du Christ si celles-ci sont correctement comprises et acceptées.

          Ce dialogue ambitieux nous permet par ailleurs de trouver une façon commune de se remémorer des événements du passé à travers un regard objectif et sincère. Ainsi, nous pouvons nous rendre compte que la volonté de procéder à une réforme était largement partagée, allant des parlements du Saint empire romain au Concile de Constance convoqué par Sigismond de Luxembourg. Aussi, il est important de préciser que Luther n’avait pas pour ambition de fonder une nouvelle Eglise mais simplement de la réformer. Le point de départ de cette Réforme fut l’indignation de Luther face à la pratique des indulgences qui nuisait, selon lui, à la spiritualité chrétienne. Cette indignation fut d’ailleurs l’objet d’un texte écrit sous la plume de Luther lui-même le 31 Octobre 1517, exposant ainsi ses « 95 thèses » sous le titre de « Controverse destinée à montrer la vertu des indulgences ». Les indulgences étaient communément considérées comme un châtiment temporel qui permettait aux chrétiens de racheter leurs fautes sous différentes formes (prières, aumône, œuvres de charité etc), soulageant ainsi leur conscience.

           La condamnation des pratiques de l’Eglise catholique de son temps l’amène petit à petit à s’émanciper de l’autorité pontificale car il n’y voit aucune légitimité, conformément aux Saintes Ecritures. L’affaire de Luther est désormais au cœur des débats, déchainant les passions aussi bien du côté catholique que luthérien. En effet, de nombreux opposants à la Réforme feront tout pour l’éradiquer tandis qu’au contraire, les partisans de Luther le soutiendront tant bien que mal dans son entreprise épineuse. L’influence grandissante de Luther inquiète grandement Rome qui décide alors d’agir : selon le mandat du pape, Luther devait soit se rétracter soit être banni ou arrêté. Le pape, Léon X, publie le 15 Juin 1520 une bulle qui condamne pas moins de quarante-et-une affirmations issues des Ecrits de Luther. Ce dernier a alors soixante jours pour se rétracter, sous peine d’être excommunié. Téméraire et porté par ses convictions, Martin Luther est finalement excommunié par la bulle Decet Romanum Pontificem le 3 Janvier de la même année. Conformément aux lois du Saint Empire Germanique, Luther est déclaré hors-la-loi. Il s’agit alors de l’arrêter, voire de le tuer, mais les princes et villes conquis par son point de vue refusèrent l’application de ce verdict. De ce fait, on s’aperçoit que Luther et sa Réforme gagne de plus en plus d’importance. Mais pour que les villes et villages conquises par la Réforme prennent le même chemin, organiser la vie de l’Eglise et des croyants devint une nécessité. Dans cette optique, un manuel fut publié en 1528 afin de répondre à toutes leurs principales questions doctrinales et pratiques. En outre, la Bible fut traduite en allemand pour permettre à plus de gens de la lire seul et d’y rechercher des directions spirituelles et théologiques. Ainsi, le phénomène luthérien agita sous bien des aspects le XVIème occidental.

            Cependant, comme nous le montre le chapitre III de ce document, plusieurs tentatives furent amorcées pour apaiser le conflit religieux entre catholiques et luthériens. Parmi ces efforts théologiques se trouve la Confession d’Augsbourg qui souligne l’accord de l’enseignement luthérien avec la doctrine de l’Eglise catholique conformément aux Ecritures et insiste sur la volonté constante des réformateurs de sauvegarder l’unité de l’Eglise et non de la diviser. Mais la Réfutation de la Confession d’Augsbourg fut rapidement établie. A la suite de quoi, un dialogue officiel pris place en 1530 dans le but de les réconcilier. Mais le dialogue ne porta finalement pas ses fruits. Par ailleurs, les Colloques organisés par l’Empereur ou son frère furent une alternative pour tenter de surmonter le conflit religieux. Mais leur but étant de convaincre les luthériens de rejoindre leurs convictions, le dialogue interconfessionnel connut une fois de plus un échec indéniable. De plus, les tentatives d’anéantir « l’hérésie luthérienne » par la force furent également une défaite. Il faut alors attendre la Paix d’Augsbourg de 1555 pour trouver le moyen pour des gens de convictions religieuses différentes de cohabiter. Le Concile de Trente, convoqué de 1545 à 1563 en réaction à la Réforme protestante, fut également un pas vers de meilleures relations entre catholiques et luthériens pour plusieurs siècles dans la mesure où elle procéda à des mises au clair. Enfin, le cheminement vers une entente catholique et luthérienne ne peut être soulevé sans évoquer le Concile Vatican II qui marqua un véritable tournant dans la considération de la Réforme.

 

        Le dialogue œcuménique, ainsi que la recherche historique et théologique, ont permis aux catholiques de mieux appréhender la théologie de Luther, et inversement. Cette compréhension mutuelle entraine incontestablement une bienveillance concernant la doctrine issue de l’autre confession.  Les ressemblances soulevées permettent également d’insister sur le cœur de leur doctrine qui, semble-t-il, est le même : la foi et l’amour en Jésus-Christ. Bien qu’il existe de toute évidence des différences significatives entre luthériens et catholiques, ces derniers ont pris conscience qu’il est nécessaire, voire primordial, d’être capable de les dépasser car ce qui réunit est plus fort que ce qui divise. Ainsi, les différences demeurent mais ne sont plus conflictuelles. L’évocation des Conciles et des déclarations qui ont participé, à travers l’histoire, à la résolution de ce conflit ne fait que crédibiliser encore davantage le travail remarquable de ce dialogue. Enfin, ce travail permet finalement de comprendre les questions qui exigent encore de dialoguer et invite par conséquent les chrétiens des nouvelles générations à poursuivre cette collaboration.

 

F.A

 

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