La puissance de Laurent le Magnifique

 L’Italie du XVème siècle, territoire morcelé en cinq principautés (Venise, Rome, Milan, Naples, Florence), voit la cité de Florence plus florissante que jamais, de par l’industrie de la laine et du textile, ainsi que par sa monnaie. En effet, entre les mains des fameux Médicis, la belle République de Florence voit son prestige augmenter fortement. Les membres de cette famille, qui comprend deux papes et deux reines de France, sont, à l’origine, des banquiers d’une habilité si grande qu’ils sont parvenus à hisser leur lignage au-dessus des autres durant près de trois siècles. Les rois d’Europe eux-mêmes viennent leur emprunter de l’argent tout comme le fait aisément le Vatican, preuve de leur haute renommée.  Ainsi, la prospérité de la cité florentine  est pour une grande part due à l’autorité des Médicis qui s’imposent comme les maîtres de cette ville,laurent-le-magnifique pourtant sensée être une république.

Petit-fils de Cosme l’Ancien, Laurent n’a que vingt ans lorsqu’il reprend le flambeau des Médicis en tant que fils ainé d’une famille de quatre enfants. Mais qui est donc cet homme qui fascina tant ses contemporains et que l’on surnomme « Le Magnifique » ? Qui est ce prince qui fit rayonner Florence et qui incarne, à lui seul, la grandeur et la grâce du joyau de la Toscane ? 

Né en 1449, Laurent est le fils de Pierre dit le Goutteux et de Lucrezia Tornabuoni. Appelé « Laurent le Magnifique » en raison de son intelligence politique et de son amour pour les arts et les lettres, le jeune homme fera de Florence la capitale de l’art et de la culture. Ayant reçu une éducation princière, Laurent de Médicis a un goût prononcé pour la poésie, la littérature et la philosophie. Ainsi, il s’agit incontestablement d’un intellectuel brillant qui ne manque ni de prestance ni de charme, malgré son physique peu avantageux. En effet, doté d’un visage asymétrique auquel s’ajoutent un regard sombre et une myopie infirmative, Laurent reconnaît volontiers sa laideur qui ne l’empêche cependant pas de fasciner les femmes. A ce sujet, le jeune Médicis épouse en 1469 la descendante d’une des familles les plus puissantes de l’aristocratie romaine. Il s’agit bien évidement de Clarice Orsini, comme le voulait Lucrezia Tornabuoni, mère du Magnifique. Ce mariage avec une famille étrangère procure aux Médicis une solide alliance avec Rome, complétée par une dot consistante, fournie par la famille Orsini. Clarice est alors une jeune fille de dix-sept ans, douce, accompagné d’un physique sympathique. Malgré tout, la jeune femme manque de culture ce qui la rend pour le moins ennuyeuse. capture-decran-2017-02-18-13-54-53Cependant, au-delà de ces quelques imperfections qui lui valurent une mise au banc des conversations du Magnifique et de ses amis, Clarice fut une femme fidèle et entièrement dévouée à son époux.

Le pouvoir de Laurent le Magnifique inquiète de nombreux aristocrates contemporains craignant une mise à l’écart des institutions républicaines. D’autres  envient davantage son autorité et désirent secrètement prendre sa place. Dans ces conditions, des temps sombres s’annoncent pour les Médicis dès 1471 : Francesco della Rovere devient pape sous le nom de Sixte IV. Avec la complicité de son neveu Girolamo Riario, il projette de s’emparer de Florence en éliminant Laurent et son frère Julien, de quatre ans son cadet. Pour que ce projet aboutisse, Riario comprend la nécessité de créer des alliances avec de grandes familles florentines souhaitant également la chute des Médicis, à l’instar des Pazzi. Selon le plan, l’assassinat des frères Médicis doit être suivi de l’arrivée d’une armée prête à s’emparer de la ville afin d’asseoir définitivement le pouvoir des Pazzi et des Riario et, indirectement, celui du pape…

Parmi les conjurés figurent également l’archevêque de Pise (Francesco Salviati), le cardinal Raffaelo Riario (petit neveu du pape âgé de seize ans) qui, devant se rendre à Pise en tant que cardinal récemment élu, fait un arrêt chez les Médicis. Il est alors invité au fastueux banquet ayant lieu le 25 avril, samedi de Pâques. Il s’agit là d’une occasion en or  d’empoisonner les Médicis mais Julien étant indisposé, ne pourra s’y rendre. Ainsi, l’assassinat est remis au lendemain lors de la célébration de la messe de Pâques dans la cathédrale. Les deux frères, qui avaient pris place au premier rang auprès de leur famille, furent attaqués lorsqu’ils étaient agenouillés au moment de l’élévation. Touché à la tête, Julien de Médicis perd aussitôt mais ses assassins continuent de se déchainer en portant sur son corps inanimé pas moins de dix-neuf coups. On peut dire qu’ils ne font pas les choses à moitié… Quant au Magnifique, la lame, supposée mettre un terme à sa vie, ne fit qu’égratigner son cou. Il se réfugie alors dans la sacristie de gauche pendant que ses amis couvrent sa fuite. La foule se lance alors à la poursuite des tueurs, parvenus à se hisser hors de la cathédrale. Près de quatre-vingt cadavres seront repérés dans les ruelles de Florence. Concernant l’archevêque Salviati, il sera arrêté par le gonfalonier Petrucci qui le fera pendre. Seul l’époux de Bianca, Guglielmo, sera gracié par Laurent, bien que  condamné à un exil irréversible. Toute la famille Pazzi sera anéantie, la plupart des conspirateurs seront tués et les autres seront bannis. La gravité du crime est doublement choquante, de par la profanation d’un lieu saint et par la date choisie.  Subissant la perte douloureuse de Julien de Médicis, la cité florentine est en deuil : le défunt sera inhumé dans l’église Santo Spirito après avoir eu droit à des obsèques solennelles dont on soulignera la présence de presque toute la population de Florence. A partir de cet événement, qui ébranla l’ensemble du peuple florentin, Laurent apparaît plus fort et plus apprécié que jamais et opère de grands changements.

Malgré sa défaite incontestée dans la tentative de s’emparer de la ville des Médicis, le pape Sixte IV ne semple pas résolu à laisser tomber ses vues sur Florence et plus largement encore, sur la Toscane. Suite à la conjuration, la cité florentine est plongée dans une guerre contre le pape qui rallie à sa cause Naples, Lucques, Sienne et Urbino. Le point de départ de cette querelle officielle est l’excommunication du Magnifique et la mise en place de l’interdit sur tout le territoire florentin dont le motif est la mise à mort du cardinal Salviati ainsi que celle des autres conspirateurs. Les seigneurs de la ville sont invités à éloigner Laurent et à le remettre au souverain pontife, ce que le gouvernement refuse. L’Eglise toscane finit alors par se soulever contre le Vatican. L’armée florentine est confrontée à plusieurs défaites jusqu’au jour où Laurent change de stratégie et use dorénavant de ses talents de diplomate : le chef Médicis se rend à Naples afin de traiter avec le roi. Le caractère dangereux de cette entreprise, puisque ce dernier pourrait l’emprisonner et le remettre au seuil de Sixte IV, ne fait qu’accentuer davantage l’incontestable bravoure du Magnifique. Laurent essaye de  convaincre le roi que la conquête de Florence, menée par le pape, ne lui serait en rien bénéfique car un état pontifical grand et puissant mettrait à mal l’équilibre bancal entre les différents états italiens. Au plus grand bonheur de Florence, le Médicis parvient à voir les fruits de son travail seulement trois mois  plus tard: la paix est déclarée, bien qu’accompagnée de certaines conditions, tel que la libération des derniers membres emprisonnés de la famille Pazzi. En mars 1480, le Magnifique rentre à Florence, plus victorieux que jamais, renforçant encore davantage sa notoriété.   Machiavel dira d’ailleurs que « s’il était parti grand, il revint grandissime, et fut reçu par la ville avec la joie dont ses grandes qualités et ses mérites tout frais étaient dignes, car il avait exposé sa vie pour rendre la paix à sa patrie ». Ainsi, le jeune Médicis montra une fois de plus son habilité diplomatique et sa grandeur politique. Florence gagne alors en prestige et est placée comme une cité de premier plan. 

F.A

 

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