Jugement dernier dans le christianisme

La mortalité dans les différentes sociétés à travers l’histoire amena les populations à s’interroger sur ce phénomène universel. Certains philosophes de l’Antiquité, à l’instar d’Epicure, n’admettaient aucune crainte du paradis ni de l’enfer. A contrario, la mortalité aggravée par la peste et les guerres au Moyen-âge engendra une peur épouvantable de l’anéantissement de la chair et du supplice de l’enfer. Dès lors apparurent de nombreuses représentations, tant rassurantes que déroutantes, portant sur une possible vie après la mort. Ainsi, l’idée des fins dernières obsédèrent toute la culture occidentale du Moyen-Age et continue encore aujourd’hui d’intriguer les esprits. A défaut de pouvoir étudier l’ensemble du devenir des damnés et des justes dans la foi chrétienne, nous nous concentrerons sur les aspects que recouvre le Jugement dernier et croyez-moi ce n’est pas moindre. Dès lors, nous pouvons nous demander, comment la foi chrétienne comprend-elle le Jugement dernier ?

Depuis les premiers siècles, l’Église proclame que le Christ siège « à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts » (Symbole des Apôtres). Mais lorsque nous parlons de jugement, évoquons-nous le Jugement particulier ou le m053702_001023_pJugement dernier?  Le jugement particulier correspond au jugement auquel l’homme doit faire face au moment imminent de sa mort, mettant en lumière la vie unique de cet individu et la liberté dont Dieu lui a fait don. Il existe des religions qui n’ont que le Jugement particulier telle que celle des Egyptiens, des Grecs et des Romains. Cependant, le christianisme souligne le caractère considérable du Jugement dernier, coïncidant avec le retour du Christ (Parousie) et l’accomplissement du monde à la fin des temps. En effet, il s’agit du jugement solennel de Dieu menant à la confirmation du jugement particulier et englobant désormais l’ensemble de l’humanité.

La question maintenant est de savoir qui est notre juge. Selon l’Evangile de saint Jean, « le Père ne juge personne, mais il a remis tout le jugement au Fils » (5,22). Romain 8, 31-34 soulève la même idée : « Celui qui nous juge, c’est celui qui s’est donné lui-même pour nous sauver ». En effet, contrairement à l’Ancienne Alliance où Dieu était le seul juge, le Père envoie son Fils sur terre en tant que « Fils d’homme » (Jn 5,27). Ainsi, étant Dieu et homme à la fois, Jésus connait les difficultés de la vie et saura apprécier les mérites de chacun. En jugeant les hommes, il révèle par la même occasion son amour immuable  pour l’humanité. Ainsi, c’est avec sympathie et une grande miséricorde, reçue du Père, que Jésus se fait juge.

Dès lors, quel sens les chrétiens accordent-ils au Jugement dernier ?

Il n’est pas tout à fait correct de percevoir le Jugement dernier comme un procès. Il s’agit en réalité de la manifestation de ce que l’homme a fait de sa vie, conformément à sa liberté. La représentation de ce Jugement somme le chrétien à bien se comporter et influence sa vie quotidienne puisque le Jugement dernier nous ramène toujours à ce que nous faisons dans le présent (Mt 25). Pour autant, vivre dans la peur ne serait pas fondé puisque l’on sait Dieu miséricorde. En effet, l’intention cruciale du Jugement est le salut : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 17). Ainsi, la tradition biblique voit en ce Jugement l’expression de la toute-puissance divine ainsi que l’éloignement de la puissance du mal, comme le souligne l’Evangile de Matthieu : Dieu placera les brebis à sa droite (symbolisant les justes ayant vécu dans l’amour) et les chèvres à sa gauche (représentant ceux qui n’ont point aidé autrui). Ces derniers iront au châtiment éternel, tandis que les Justes iront à la vie éternelle.

Par ailleurs, les nombreuses représentations artistiques du Jugement dernier reflètent son importance au fil des siècles. Le portail desLast_Judgement_by_Michelangelo églises est un lieu iconique privilégié en France, montrant avec raffinement le poids du Jugement dernier dans la pensée chrétienne. En revanche, en Italie, ce sont davantage l’intérieur des édifices culturels, à l’instar des fresques et tableaux, qui sont représentatifs de l’intérêt porté au Jugement dernier. Permettez-moi de citer pour exemple le fameux Jugement dernier: vous savez, cette belle fresque peinte par Michel-Ange sur le mur de l’autel de la chapelle Sixtine !

La foi chrétienne perçoit le Jugement dernier non comme un jour de colère et de frayeur mais bien comme révélant la justice et l’amour immuable et éternel de Dieu. L’annonce du jugement est donc une bonne nouvelle, non ?

F.A

Bibliographie :

BOUYER, Louis, Dictionnaire de théologie, Desclée, 1995.

BASCHET, Jérôme, Les justices de l’au-delà, Les représentations de l’enfer en France et en Italie (XII-XVe siècle), Classiques, 1993, 723.

 

 

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